J’ai osé un sein contre le tien, le temps de trouver un peu de chaleur à cette ferveur qui me fige plus qu’elle ne me transcende. Tu m’as regardée, tu es restée silencieuse, puis tu as souri, feintant un baiser qui s’est échoué sur ma joue et tu as ri.
Je pourrais être heureuse, mais je ne suis que vaporeuse devant ce faste qui m’ennuie. Alors ce téton contre le mien m’apporte un brin de réconfort, soutenant l’indicible fantaisie que j’ai perdue au gré de mes errances. Ils se dressent presque en jumeaux, ta peau laiteuse respire l’assurance que je n’ai plus, elle non plus, depuis fort longtemps. Tu es si douce Beth, si près de ta bouche je me noierais dans ta jeunesse. J’embrasserais l’impossible pour oublier celle que je suis devenue, décrépite par cette vie de chienne parvenue. Les hommes s’enchaînent à mes pieds comme à ma toise qu’ils trouvent encore à leur goût ! C’est qu’avec l’âge, il n’y a guère que les habitués que je laisse encore me trousser. J’ai passé le temps des petites nouveautés avec l’angoisse de me faire caner. J’assure mes arrières, mais quand ce mail est tombé, j’avoue, je n’ai pas vraiment hésité. Il n’y a que la tune pour me survolter et me faire oublier la raison. Une fois que tu as sucé le vice, c’est la sève qui s’écoule en toi et plus rien ne peut plus te retenir, tu y reviendras toujours. Il faut dire que c’est une passe savamment bien payée.
Le sexe ce n’est pas ma came et le champagne qu’on me sert ne permet pas d’oublier la bite qui vient de m’enculer. Le flouze c’est le nerf de la guerre. C’est bien pour cela que je les écarte ou offre ma bouche en pâture. Et encore je ne vous dis pas tout ; le cuir, les chaînes, les poings …
Ces messieurs ont de ces frustrations avec leurs dames, vous n’avez pas idée ! Il y a bien quelques célibataires, mes vieux coucous comme je les surnomme, quand eux, m’appellent leur vieille poule, mais la plupart sont en couple et « Madame » a souvent la migraine. Alors Charlotte est là, le collier de perles sur la dentelle désaxée par le temps, le rouge sur les lèvres charnues, les talons moins hauts que le talent et les cheveux remontés comme auparavant. Ils adorent me les défaire et les voir retomber pendant que mon rouge se consume sur leur queue avec appétence.
Cet après-midi là, Beth, tu m’as bouleversée, la douceur de ton corps de petite salope a frôlé le mien si abondant et je m’en suis émue, perdant mes moyens le temps d’un instant. Cet habitué qui t’a laissé le soin d’en choisir une autre pour son plaisir, j’ai failli l’oublier, comme si c’était toi notre cliente, tant tu irradiais par ta prestance malgré ta silhouette gracile. Tu as choisi ma fiche car mes clients sont généreux dans leurs notations, et je correspondais au profil recherché, m’as-tu dit ; rousse, aux cheveux longs, proche de la cinquantaine. Ton client n’avait que peu d’exigences, il lui fallait de l’élégance et tu m’as trouvée classe sur la photo de profil. Le contact s’est vite noué puis, autour d’un café, j’ai bien senti que tu n’étais pas une de ces petites sottes qui me ferait de l’ombre. Tu sais travailler à deux et tu as su me rassurer quant à la fiabilité de ton client. Pourtant, très vite j’ai compris que je ne t’arriverai pas à la cheville. Tu as ce quelque chose qui tend le sexe rien qu’en te voyant, même celui d’une vieille cramée comme moi.
« Sors de cette misère Beth, ne finis pas comme moi, tu es si jeune, belle et intelligente, il n’est pas trop tard pour toi, encore… », t’ai-je susurré à l’oreille après ton baiser.
Tu as alors plongé tes yeux dans les miens avec ce mélange de défiance et d’insolence, osant une caresse du bout de tes ongles autour de mon autre sein, tu as esquissé un sourire, puis, dans une étreinte lente et délicate, tu m’as embrassée, à pleine bouche, cette fois-ci.
©elloMuse
#lesmotsdecello
crédit : Man Ray
J’aime vous lire aussi…