#LesMotsDeCello

Béance

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J’ai mal. Tu sais, là où l’on s’abandonne, là où il n’y a plus d’appui. Je n’ai plus d’ami. Je l’ai chassé et depuis je ne laisse plus personne m’approcher. J’ai mal de ce que je m’impose, mais ce doit être pour mon bien. L’intuition ne se trompe plus depuis bien des étés. Je dois vivre l’indicible vérité, pour que cela soit si violent d’un seul coup. Comme si je me déchirais en dedans, comme si mon être se sentait dénué de repères et qu’il prenait pour la première fois la mesure de son vide. Sous mes certitudes le sol se dérobe. J’ai mal. Il y a cette béance incommensurable. Alors je me remplis de ce que physiquement je peux infliger au corps. C’est la première fois que je respire les effluves d’une telle absence et que la conscience tente un sursaut …
Je doute. Et si ce n’était pas cela la route ? Comment savoir. Quel garde-fou pourrait me préserver de ma propre folie ? Je me sens si seule. C’est pourtant ce qu’il faut. C’est pourtant ce qui fait si peur…
D’une solitude aux couleurs solitaires, j’aimerais passer de l’une aux autres, pour renouer avec le goût de la vie et me combler du désir d’être. La nourriture ne suffit plus à palier l’absence.
Elle ne reviendra plus. Il est temps d’accepter cette situation. Elle est partie. La faille immense qu’elle a laissé est un carnage d’une barbarie dont personne ne peut imaginer la souffrance, un attentat dans ma construction psychique. Je ne l’ai pas vu venir. Je n’ai pas pu éviter ce pire. Je n’en suis pas morte, mais je me demande encore pourquoi je suis née. Depuis j’erre dans ce brouillard laissé en héritage, seule avec les étapes d’un deuil qui ne se fait jamais. Car il n’y a que moi qui puisse avancer, prendre conscience de mes écueils, prendre au sérieux et panser ce drame d’une vie, sans chercher à comprendre pourquoi cet abandon, alors que j’étais à peine encore en elle.
Je pose ces mots comme une promesse de vie à mon égard. Il est temps d’accepter cette espace sans nom, que rien ni personne ne comblera, si ce n’est moi. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas si cela suffira. Mais pour l’instant, laisse-moi. Je me noie en larmes, seule dans mes bras. Ce doit être comme cela, parfois.

©ello Muse
#lesmotsdecello

Artiste photographe / Oscar Keys

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