#LesMotsDeCello

Rêve

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J’ai rêvé de toi cette nuit. Même dans mes nuits tu m’affoles et me surprends.

J’étais dans un appartement très lumineux qui était le mien, bien différent de celui de ma réalité. Cet appartement respirait la légèreté, je crois que je venais d’y emménager. Il était à l’étage d’un commerce, dans une ruelle passante et vivante. Loin de ce que j’ai pour habitude de choisir, j’aime la tranquillité et la verdure. Pourrais-je seulement un jour quitter mon bout de jardin si précieux à mes yeux ? Il faisait beau, le soleil irradiait une journée printanière. Il y avait cette clarté surannée, cette lumière d’un autre temps. Cette époque où l’on prenait le train du matin attendant des heures durant au coin d’un troquet que celui du retour revienne nous ramener. Ce temps où seuls, deux ou trois trains s’arrêtaient dans ces petites gares de campagne. Ce temps où tout le monde se parlait dans la plus grande insouciance et chaste convivialité.

Je venais de me réveiller, je me demandais si j’allais te croiser, refrénant cette joie si pressante car je savais au fond que non, tu ne viendrais pas.

Pourquoi serais-tu venu d’ailleurs ? Tu es toujours impassible devant mes piètres avances. Je me sens parfois si ridicule de me dévoiler ainsi, agenouillée à tes pieds. Et pourtant je trouve cela très élégant une femme aux pieds de son amoureux. Nous ne sommes pas amoureux, je le sais. Nous sommes en attente, dans un flou qui m’angoisse parfois et me pousse à te rejeter. Je deviens alors cinglante et pourtant, je tempère mes mots, je rabote les piques et brise mes flèches assassines. Quelques unes s’échappent cependant et partent en trombe ricocher la cible. Là aussi, tu restes impassible. Un peu comme si tout cela t’amusait. Je t’imagine sourire à mes agacements et impatiences, comme si tu mesurais que tout un pan de notre relation m’échappait alors que toi, tu sais. Tu sais que ce n’est pas le moment de nous lier trop fort. Nous ne sommes pas prêts. Autant toi que moi, nous avons tant à panser chacun de notre côté. Comment pourrions-nous nous aimer sans nous nuire, alors même que cette question sonne comme une béance dans nos troubles du moment. Tu sais aussi  que si nous avons à partager un bout d’amour ensemble ce sera sur un champ où les coquelicots fleurissent et non sur une terre aride et en souffrance. Tu sais toutefois que le temps ne presse pas et que la patience est le ciment d’une relation forte et durable, qu’il ne sert à rien de précipiter les choses et de se saborder aussitôt. Tu sais tout cela et je l’oublie. A vrai dire, j’en ai conscience aussi. Mais tu m’as ensorcelée. Tu m’as possédée et ce bien avant d’imaginer me faire frémir dans tes draps. Je ne me sens même plus capable de faire l’amour ces temps-ci. Mon corps s’y oppose, ma tête bien plus certainement. Tu vois, même cela ne nous est pas possible, alors quelle place y aurait-il pour le reste ? J’ai des choses à régler, tu as les tiennes, pas plus simplement à négocier. Je sais tout ceci. J’irais même jusqu’à dire qu’il n’y a pas moins de place pour toi que pour quiconque dans mon existence ces temps-ci. Je ne suis pas sotte. Je sais que tu sais cela aussi. Je ne suis que bruit quand tu es silence, je ne suis que fougue quand tu es sagesse. Je crois que tu m’aimes ainsi, comme j’aime ta tempérance qui me rassure quand je la traduis en patience et non en abandon. Je dis souvent que je suis amoureuse d’un fantôme. Je t’appelle ainsi, mon fantôme car tes silences me hantent. Tes absences m’obsèdent. Nos vides relationnels me traversent parfois en tristesses et manques cruels. C’est étrange de parler de manque quand il n’y a rien qui s’y associe concrètement. Mais il y a eu tes mots, ta lettre, cette si délicieuse lettre, il y a longtemps que je n’avais pas été touchée par les mots d’un homme. Tu m’as séduite. J’espérais être conquise, renversée, amarrée, chavirée. Mais il aura fallu réprimer cette fulgurance et éprouver ma patience. Jauger avec intelligence ce dont tu avais besoin et m’effacer dans mes envies. Avec les failles qui m’animent, cela s’avérait délicat. Je me suis crue en mesure de prendre ce recul. J’ai dû abdiquer et te fuir. Mais les fantômes ne s’évincent pas aussi simplement. Et le mien, j’en suis tombée amoureuse. Mais surtout le mien, me surprend toujours au moment où je m’y attends le moins. Il pose à sa façon ses marques d’attachement avec parcimonie, mais aucune ne m’échappe et chacune me plonge dans sa tendresse qui me submerge, me chavire, m’amarre à nouveau.

J’ai décidé il y a peu de ne plus tenter de le chasser. Il partira peut-être de lui-même. Ou non. C’est moins violent pour lui ainsi. J’ai suffisamment d’amour en moi pour lui permettre de prendre son temps. Quand je pense à lui, je lui pardonne ses silences, ses absences. J’ai lu dernièrement des mots qui raisonnent merveilleusement : « on trouve toujours quelque chose à aimer chez l’autre ne serait-ce que son absence. »*.

C’est vrai, tes silences m’accompagnent et je m’y blottis les lendemains où nous avons pu échanger l’essentiel. Je lis entre tes lignes, l’indicible, la pudeur et ta tendresse. Le reste est superflu et fort mal à propos.

Hier, tu n’as pas compris pourquoi je n’étais pas venue, l’autre jour. Tu m’as glissé discrètement, peut-être même de manière timorée, que cela était si important pour toi que je sois là, moi. Insistant sur ce dernier mot. J’en suis restée interdite et pudiquement honteuse de t’avoir reproché quelques lignes plus haut ton évident manque d’intérêt pour ma personne. Mais un bonheur exquis m’a scellée une fois de plus à toi.

Cette nuit, j’ai ouvert les volets battants de ce logement pourtant si lumineux, espérant te voir sans oser y croire. Tu étais là, assis en contrebas, à la table de cette terrasse, à boire un café. Tu m’attendais. Nos yeux se sont croisés, tu m’as souri, je me suis affolée de joie subitement. J’aime quand tu souris, tu es alors si beau si séduisant. Je me suis réveillée en sursaut, les béatitudes aux lèvres.

Embrasse-moi.

Ton infinie tendresse me perdra toujours, tu le sais. Tu sais aussi que cela me plait beaucoup que tu saches cela…

©ello Muse

#lesmotsdecello

* citation de Robert Sabatier dans « le livre de la déraison souriante »

Crédit inconnu / Pinterest

4 réponses à « Rêve »

  1. Infinie gratitude 🙏🏽

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  2. Vous parvenez à mettre des mots sur ces sentiments contradictoires mais tellement juste… Quel talent !

    Aimé par 1 personne

  3. Merci infiniment ❤️

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